L’invasion mondiale du coléoptère asiatique à longues cornes

4 mars 2019 | Par Marion Javal

Les introductions répétées d’un ravageur majeur des arbres, le coléoptère asiatique à longues cornes (Anoplophora glabripennis), dans les aires de répartition indigènes et envahies, ont amélioré son établissement et sa propagation. Ce sont quelques-unes des conclusions d’un article récemment publié dans la revue Molecular Ecology.

Ces résultats sont basés sur l’inférence de routes d’invasion basée sur le calcul bayésien approximatif (ABC), une méthode permettant de former des inférences basées sur des modèles pour des scénarios complexes sur la base de simulations et de statistiques sommaires, couplées à un algorithme de « forêt aléatoire” pour discriminer efficacement entre les scénarios tout en réduisant le temps de calcul.

La recherche a été menée par le Dr Marion Javal, à l’unité ” Zoologie forestière  » de l’Institut National de la Recherche Agronomique en France. Marion travaille maintenant en tant que postdoc CIB au Département d’Écologie de la Conservation et d’Entomologie. La collecte de données a nécessité un voyage sur le terrain en Chine ainsi que dans plusieurs lieux européens de flambée épidémique pour recueillir des échantillons.

Le coléoptère asiatique à longues cornes (ABL) est originaire de Chine et de Corée et figure parmi les 100 pires espèces envahissantes au monde. Des populations ont été détectées pour la première fois en Amérique du Nord en 1996 et en Europe en 2001, où elles causent d’énormes pertes économiques. En effet, les larves forment des galeries dans les troncs et les branches des arbres urbains, provoquant finalement leur mort. L’invasion de l’ALB a été favorisée par l’augmentation du commerce mondial: les larves ont été transportées de leur aire de répartition natale, cachées dans des matériaux d’emballage en bois. Même si les détections d’ALB sont bien documentées dans l’ensemble de son aire de répartition envahie, sa voie d’invasion spécifique n’a pas été formellement déchiffrée.

Le coléoptère asiatique à longues cornes, Anoplophora glabripennis

Le coléoptère asiatique à longues cornes, Anoplophora glabripennis. (Crédit photo: Dr Marion Javal)

La reconstruction des voies d’invasion aide au développement de stratégies de contrôle, car l’efficacité de ces stratégies dépend de l’origine des individus introduits. La cartographie des voies d’introduction les plus probables et la fréquence de ces introductions aident également à cibler les mesures de contrôle et d’éradication aux points d’entrée.

Les résultats de l’étude ont montré que l’on peut souvent s’attendre à des introductions d’ALB de l’aire de répartition indigène asiatique, mais que les introductions d’autres zones envahies (scénarios de « tête de pont”) ne peuvent être négligées. L’étude a également confirmé la diversité génétique plutôt faible des populations invasives, déjà observée dans une étude précédente1. On sait que cela affecte négativement la résilience des populations envahissantes aux nouvelles conditions environnementales. Cependant, la capacité invasive de l’ALB ne semble pas compromise par les caractéristiques génétiques de ses populations. Cette observation pourrait suggérer deux choses: (1) ALB a une grande tolérance à la consanguinité, (2) l’aire de répartition envahie manque de défi adaptatif, en raison de fortes similitudes avec l’aire de répartition indigène.

« La plupart des traits de cette espèce ne pouvaient pas prédire son succès d’invasion”, explique Marion Javal, « Les invasions doivent être traitées au cas par cas, ce qui rend notre recherche essentielle”.

Lire l’article en écologie moléculaire

Javal, M., Lombaert, E., Tsykun, T., Courtin, C., Kerdelhué, S., Prospero, S., Roques, A. &Roux, G. 2019. Décryptage de l’invasion mondiale du coléoptère asiatique à longues cornes: un processus d’invasion récurrent de la région natale avec un effet de tête de pont. Écologie moléculaire. https://doi.org/10.1111/mec.15030

Étude précédente de Marion Javal

1 Marion Javal, Alain Roques, Julien Haran, Franck Hérard, Melody Keena, Géraldine Roux (2017)Histoire complexe de l’invasion du coléoptère asiatique à longues cornes : quinze ans après la première détection en Europe. Journal of Pest Science, 92:173-187, doi:10.1007/s10340-017-0917-1

Pour plus d’informations, contactez Marion au [email protected] .za

Marion Javal sur le terrain, Chine

Une photo du chercheur sur le terrain en Chine, avec le plus grand coléoptère asiatique à longues cornes de tous les temps (Crédit photo: Dr Julien Haran)

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